dimanche 7 février 2010

Prises de Tet #6

«Oh, si je suis assise là, c'est parce j'y suis boulonnée. Enracinée, même. Je suis la conscience du quartier, la commère et la Pythie, la vigie et la mémoire. J'embrasse mon coin de monde, que je connais mieux que personne. On ne vient pas de loin pour me consulter, non, mais de tout près, des maisons en face, à côté, là et là, et là-bas peut-être aussi. Plus loin, je n'en suis pas sure. En tout cas, personne ne m'en a parlé. Alors, moi, sans qu'on vienne me dire ce qu'il y a ailleurs, je sais que je ne peux rien en dire... Il doit y en avoir une comme moi, c'est sûr, assise comme moi, les jambes plantées en terre, et qui regarde son coin et qui le connaît comme sa poche, et qui écoute et qui donne ses conseils. J'imagine même qu'elle a entendu parler de moi... »

1 commentaire:

Nicolas a dit…

Combien de pierres de mémoire jalonnent le monde de leur matriarcale fragilité ?