samedi 27 octobre 2007

Je crierai ton nom

C'est en regardant la série documentaire The Trap - que je vous recommande - que m'est venue l'idée d'appliquer les deux concepts de liberté développés par Isaiah Berlin à la société japonaise. Oh, rien de bien méchant, car, évoluant au sein même de cette société - enfin, plutôt à la marge, malgré de substantiels efforts - je ne prétends en rien faire preuve de clairvoyance. Un regard critique, peut-être, dont la portée m'échappe. Enfin.

Berlin, en 1958, marque de son empreinte la philosophie politique en mettant en exergue deux concepts de liberté : le premier, la liberté positive, s'applique à l'idée d'auto-détermination, de maîtrise de son propre destin, de la possibilité d'achever une quête. La liberté négative, quant à elle, est l'absence de toute contrainte, ou d'interférence dans les actions individuelles.
L'une et l'autre ont leurs propres tenants et aboutissants, mais Berlin fait remarquer que, si la liberte négative s'illustre par le laissez-vivre consumériste de l'American Way of Life, la liberté positive a prouvé son affinité avec les modèles révolutionnaires et totalitaires, enfermant l'individu dans un système sociétal contraint car poursuivant une quête idéologique contraire à l'épanouissement de la personne. Deux expressions de liberté qui se dévoient à mesure qu'ils poussent leur propre logique.

Si l'on observe la société japonaise depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale, c'est à dire depuis l'occupation américaine et la mise sous tutelle de l'économie nippone, à l'aune de ces deux concepts, on voit se dessiner en filigrane la ligne de partage qui sous-tend la psyché japonaise actuelle : d'un côté, elle est pétrie de liberté positive, en ce sens que l'individu japonais, tout en se considérant partie d'un groupe plus large, sait que cet appartenance est une façon de s'auto-déterminer, de se réaliser à l'interieur d'un systeme clos qui lui garantit une pérennite idéologique et politique. D'un autre côté, la liberté négative - le jouir sans entrave - mine ce ciment idéologique de japonité, car il suppose l'absence de contrainte à l'intérieur même d'un systeme contraint. De quoi s'interroger sur le sens du pulsionnel japonais, de l'enfermement, de l'ostracisme volontaire.

2 commentaires:

LD a dit…

L'ostracisme n'est pas volontaire dans le sens qu'il n'est pas pensé comme une option parmi d'autres, puis finalement choisi. L'ostracisme est, et participe à la raison d'être du système dont il est la colonne vertébrale, ou le fémur, au choix. La résultante est ce que l'on sait de ce pays en y étant assis sur un strappontin, dans toutes les classes de l'avion.

Bui Doi a dit…

Oui, c'est vrai, mais la seclusion du pays pendant deux siecle ne participe-t-elle pas de ce "non-choix" ? Elle semble avoir fossilise le rapport a l'autre, a l'outsider, au monde par dela les mers...