jeudi 14 juin 2007

Vers l'ouest ?

Parti sur un coup de tête, avec pour seule compagnie cette Honda Cub qui me sert de fidèle monture, qui ne renâcle pas devant ces expéditions solitaires qui nous mènent d'un bout à l'autre de la ville, de la ville sans limite, au Sud ou bien au Nord, quand on constate son étendue arrondissement par arrondissement, en se disant qu'on arrivera bien à se retrouver à la campagne, si l'on continue tout droit pendant assez longtemps. Mais ce moment n'arrive pas, car il faut toujours qu'un demi-tour se fasse, au hasard de l'heure ou du temps qui se gate.
J'ai suivi le cours du Ben Nghe, cet arroyo noirâtre qui ne coule pas beaucoup, mais qui assure la séparation des quartiers déshérités du coté de l'ouest. On ne peut plus vraiment le voir, ce cours d'eau sale, parce qu'il est enceint d'une palissade tout du long, au-dessus de laquelle on voit parfois se soulever le bras articulé d'un bulldozer ou d'une grue, en un chantier secret et durable. J'aime suivre le Ben Nghe, parce que ce sont de vieux repères, des endroits où je viens me perdre assez régulièrement, année après année, pour voir si les vieilles bâtisses du temps jadis sont encore debouts, ou si les compartiments qui faisaient la gloire de Cho Lon ne sont plus qu'un souvenir.
J'ai pris mon appareil photo, cette petite chose compacte qui fait davantage office de boîte à images, quelles qu'elles soient, quelles qu'elles puissent être prises, avec soin ou bien à la volée, comme cela, sans même s'arrêter pour saisir un cadre.
Oh, je me suis arreté quelquefois, bien sur. Il y a dans l'atmosphere d'un chantier toute l'impermanence du monde ; il y a aussi cette sourde volonté d'apporter un témoignage de la fugacité du lieu, des gens, du temps.
Alors, j'en étais la de mes photos en me disant que peut-être j'allais aller plus loin aujourd'hui que d'habitude, que j'allais découvrir un lieu hors carte, et tout à coup l'orage a crevé le ciel, je me suis retourné, déjà trempé, et il fallait bien trouver un abri, ou acheter pour deux sous ces capes de pluie à usage unique que l'on vend au bord des routes aux motocyclistes imprévoyants.

Je m'arrête, moteur tournant, et je me glisse tant bien que mal dans cette capote géante, quand je m'avise que mon appareil, laissé dans ma poche, risque de prendre l'eau. Je veux le mettre à couvert, et, sans bien regarder, pense l'avoir bien déposé dans ma besace dans mon dos. Geste funeste, je le saurai plus tard quand, de ma besace je ne trouve plus l'appareil en question, qui a dû tomber lamentablement par terre quelque part.

C'est à ce moment, où l'on s'en veut d'une telle maladresse, que reviennent ces images prises dans la petite boîte et que l'on ne reverra pas. Où l'on regrette deja, fantasmant sur la qualité intrinsèque de ces clichés perdus. Où l'on soupire longtemps, sans trop savoir quoi faire : repartir, chercher, refaire l'itinéraire, compter sur un hasard bienveillant qui ne vous en veut pas. Ou bien alors, rester à ruminer sa stupidité chronique, devant tant de distraction.

En tout état de cause, donc, plus de photos pour un temps.

Mais je ne sais pas encore combien de temps ce manque d'expression imagée me portera préjudice, et je me soupçonne de ne pas pouvoir attendre très longtemps.

Ami lecteur, tu auras d'autres images bientôt. Je me le promets.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

malheureux sort.
malle aux ressorts.
mâle haut ressort.
tu en sortiras grandi donc, dis donc.
et flûte de zut.
si je te suis, tu devrais écrire "deboutes" non ?
;-)

ju.

Séb. a dit…

Tu fais chier avec ton appareil perdu !

Et si on lançait un fond d'investissement de salubrité publique de l'image à Brice, pour lui en payer un autre fissa ?

Bises, Seb.

Anonyme a dit…

Avec les belles images que tu as dans la tête + celles qui fleurissent au bout de ton stylo on devrait tenir ! William en 10000/5 de temps...
Ps : le clip des IDnoires avance...
Ps2 : Pas trouvé les fichus karaoke...
Love, etc.

Nathalie a dit…

encore un de perdu!
mais j'en conclu que tu es déjà parti... on se rate de peu donc... (je t'envoie un mail pour t'expliquer).
Le ciel ici aussi est chiffonné, un peu de mousson à l'ouest ?
bises
nathi, encore/toujours à lyon